Alphabet des primitifs du futur

2008. Jean-Paul Gavard-Perret

Couverture

A comme ANGE SUR LA MER : par lui nous sommes soumis au temps . Sa réalité se livre par fragments dans l’écume.
B comme BROUSSE : ses souffles semblables au réveil sont des fragrances verticales et des substances flexibles .
C comme CYCLONE : son oeil et presque insaisissable mais nous accorde à la concordance infinie et fugaces de ses intensités .
D comme DUO : Rend la tête bavarde et la main caressante. L’un pose chaque mot dans un fragment de l’absence de l’autre.
E comme ELECTRIQUE : son courant est à l’intérieur de nous, au plus profond. Il ouvre une grande voie. Nous sommes troués, à jour, à ciel ouvert.
F comme FLAMANDE : son histoire est sans parole dans la nuit de son corps. Les mots restent dans sa bouche : nous n’avons plus besoin de parler.
G comme GALAXIE : elle en sait sur nous beaucoup plus que nous-mêmes. Dans le silence infini elle poursuit ses danses mystérieuses.
H comme HOMMES : ne sont faits que de terre. Ils le savent parce qu’ils parlent. Mais il arrive pour le comprendre qu’un souffle suffise.
I comme IMMENSITE : ouvre des passages inconnus, des raccourcis oubliés, d’autres croisements. On y avance, on s’y écartèle.
J comme ÎLE DE JIDDA : les amants y vont l’un vers l’autre à la vitesse de la lumière. C’est un champ de forces, un théâtre magnétique.
K comme KALEIDOSCOPE : Ni instrument ni outil, il fait notre chair humaine et le corps de notre pensée.
L comme LUMIERE : elle ne double pas le monde, mais jette quelque chose en lui pour le renverser. Met l’un dans l’autre. L’un dans le corps de l’autre.
M comme MARIE : fille du calvaire et de la croix, reste insoluble à la mer que créèrent ses larmes. Elles ne nous attachent pas mais nous ouvrent.
N comme NOLWEN LA CHANTEUSE : sa respiration nous aspire vers des profondeurs cachées. Sa voix caresse le tourbillon de la vie.
O comme OCEAN : y nage le poisson volant jusqu’à la pluie des moussons et le soleil féminin. Il vient du monde pour nous en arracher.
P comme PAQUEBOT : enveloppe, recommence sans cesse sa dictée. Il parle à l’intérieur de nous à coup de bielles et arrache à la distance.
Q comme LE QUEEN ELIZABETH s’enfonce dans l’éphémère de la mer pour faire fondre deux continents entre la nostalgie et le rêve.
R comme RONDE DE COEURS : danser pour chuchoter, chouchouter, chutoucher. Sentir dans l’espace. L’entendre jusqu’à devenir sourd.
S comme SURF SUR LA VAGUE : Les caresses de la mer y sont entières et les secondes empilées contre la chute.
T comme LA TENTRESSE DU CHAT : grâce à elle nous devenons égaux à lui. Nous n’avons plus besoin de parler. Nous mangeons avec lui ses croquettes.
U comme UTRICULARIA LA FLEUR : sa corolle est une bouche au souffle bref, profond, bref. Son d’amour. Parfum de l’obsession.
V comme VOYAGE : est un prélude. Il ne peut commencer sans les images et les mots. Est toujours à deux pas du désir et des vagues.
W comme WÜRM (la dernière glaciation) : a résonné bien avant nous. Nous a appelés afin que nous nous reconnaissions. Préexistait à notre re-naissance.
X comme XANTHIE SANGUINE : matière de notre esprit et de notre émotion. Fait progresser vers le silence. Non celui qui terrasse mais celui de la communion.
Y comme YIN : l’harmonie de la chair dans un espace inexistant. Il n’y a plus de distance même dans éloignement. Nos corps viennent s’y relier sans nous lier.
Z comme ZENITH : peu importe que ses dictées personne ne les comprenne. Peu importe que moi-même je ne les comprenne pas. Nous sommes suspendus au-dessus de son vide

Jean-Paul Gavard-Perret .

© Adagp, Paris, 2017