Musique en alphabet

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A comme Accordéon se noue autour du cou. Pour le bal des mots dits et pour ceux, plus muets, de l’amour.
B comme Banjo. Boy réveillant des abysses un orgasme enfoui dans les champs de coton.
C comme Cor. Le chasseur y prend son pied, les champignons s’en moquent.
D comme Darbouka. Pour dire à la terre promise aux parfums de cannelle l’odeur poreuse de la mer.
E comme Erhru dit Chinois en colonies. Petit rat de Dan Nhi. Opéra à tout crin.
F comme Flûte de pan. Qu’ensemble ses roseaux confrontant leurs volumes donnent matière à l’alternance.
G comme Gong. Ne se donne pas en spectacle, mais fausse la géométrie des orages.
H comme Harpe. Entre ses bras la naissance touche à l’infini du jour.
I comme Instrument dont le métabolisme transforme l’angoisse existentielle en vertige physique.
J comme Jamblock. Terreau accordé reposant sur l’humus ou en pierres levées.
K comme Kora. Idéal pour la transe, l’appel, le râle de la chair, le transport amoureux.
L comme Lyre. Une partie des nuages emporte son ombre. Les couleurs du passé s’éprennent de sa forme.
M comme Mandoline. Le son y est pressé comme une mandarine pour occuper le matin qu’elle concrétise.
N comme Nay. Né nu, phare. Accès obligé afin que se défasse l’absence de l’être aimé.
O comme Orgue de Barbarie. Accompagne les filles du Calvaire mais le fait au passé.
P comme Piano. Dans ses coupons noir et ivoire. L’espace apprête son duvet et parfois s’exfolie.
Q comme Quéna. Élixir de jouvence pour qualifier l’impondérable.
R comme Rebec. Considérée soit comme la mère de tous les vices soit comme le repère des chastetés.
S comme Shopar où tournent les eaux du Gang et celles du fleuve Amour.
T comme Tambours. Furent vides, furent pleins. Tantôt plantés au fauteuil d’orchestre. Tantôt reconduits en coulisses…
U comme Ukulélé. Rien que le nom fait rire jusqu’à percer le jour.
V comme Viole. Frémit entre les jambes des voyageurs ailés.
W comme Wakrapuku. Et si mal connu que lui même a du mal à se reconnaître.
X comme Xylophone. Fait de ses tranches de fer une matière élasto-mère qui sait nous faire chanter.
Y comme radio Yéyé. Fut : mais peut-être n’a jamais été sinon en chaussettes noires le temps de deux étés.
Z comme Zourna la Grecque se faisant constricteur. Explore les émois.

 

separateur

Poésie de Jean-Paul Gavard-Perret agrémentée de 27 reproductions, aquarelles de Nicole Pessin.
Sous une couverture originale de Nicole Pessin
Format : 21 x 15cm.
Achevé en juin 2017 pour le compte et le plaisir des éditions
Varia poetica à Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

© Adagp, Paris, 2017