Paris en alphabet

2008. Jean-Paul Gavard-Perret

COUVERTURE PARIS EN ALPHABET

TABLEAUX PARISIENS

Tout artiste crée à partir de lui-même mais en se confrontant à des images qui ne lui appartiennent pas. Il crée afin de se les approprier en les revisitant. Devenue pour un temps piétonne de Paris, Nicole PESSIN offre des paysages que nous ne connaissons pas au sein même de ce qui est pourtant fortement connoté. Quoi de plus vus et revus que les rues et les monuments de Paris ? L’artiste s’est dégagée de toute passivité et de faiblesse afin de faire éprouver quelque chose de neuf dans les choses vues du cœur d’une ville qui disait Baudelaire “change plus vite que le cœur d’un mortel“. Les aquarelles l’auscultent. Dans ce “check-up“ pas de froideur clinique. Pas non plus de sentiment exotique ou extatique. Juste une ingénuité pénétrante comme si l’artiste craignait que sa présence soit inopportune. Elle donne 26 tableaux parisiens peuplés de sa propre rêverie à travers ce qui dans son imaginaire a été frappé par le grand bélier de la ville. Ils sont autant des images miroirs qu’une manière d’appréhender la cité comme puissance du dehors. Nicole PESSIN met ainsi “du cortège dans la représentation“ sous forme d’imagerie non seulement mentale mais figurale. La capitale surgit plus que dédoublée : multipliée à travers ces visions qui correspondent à ce que Deleuze demandait à l’art : “ne pas rencontrer le monde à l’extérieur, mais le trouver en soi.“

Jean-Paul GAVARD-PERRET

 

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A comme Antoine (Saint) meubles, livres et disques vinyle à tous les étages.
B comme Beaubourg : son ventre est ouvert sur celui de Paris, son creux est un vacarme.
C comme Conciergerie, irascible déesse aux grands yeux de fer et d’acier.
D comme Drouot, golf et enchères, Richelieu et Hugo.
E comme Etoile, lambeaux de chiffon autour d’un ruban de colle.
F comme Front de Seine sur les ponts de Paris.
G comme Grands Boulevards où il y avait jadis tant de choses à voir.
H comme Halles qui ont quitté leur âme restée sur le carreau du temple inachevé.
I comme Invalides toujours aussi fiers de leurs jambes de marbre.
J comme Joconde, au Louvre son sourire nous mord.
K comme Kléber qui abandonna Colombes pour faire le mariole jusqu’au triomphe de l’arc.
L comme Lafayettes plus galeries que générales. Layettes pour Japonaises.
M comme Montparnasse ou Montmartre : les peintres y sont et prouvent que la réalité ne suffit pas.
N comme Notre-Dame sans Lustiger et dans la nostalgie d’Esméralda.
O comme Opéra, grande bouffe et chocolat et les petits rats que le vent chassera.
P comme Pont Neuf au temps d’Henry IV comme aujourd’hui. A dormi dans les beaux draps de Cristo.
Q comme Quais des Fleurs, le temps ignoré à l’heure incertaine où la ville s’éveille.
R comme Rodin, roi des courbes sculptées et aimées dans les larmes de Camille Claudel
S comme Saint Lazare : gare ! La mémoire possède là des effondrements crasses.
T comme Tuileries : sur sa grande roue les carpes des bassins vont faire un tour les soirs de brume.
U comme ursulines, noires soeurs, nos semblables venues au monde terrestre.
V comme la Villette où l’on tranchait le lard. Farfouille et brocante à tous les étages.
W comme Wagram, pourquoi à Paris contrairement à Londres, nos places ont des noms de victoires ?
X comme Xavier, un Saint François digne de Loyola et du Japon sans oublier les Indes.
Y comme le mYstère de la pYramide sans Ramsès au Louvre.
Z comme Zadkine : en bon fils de chronos demeura de marbre faisant le zouave où roucoulait la Seine.

 

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Poésie de Jean-Paul Gavard-Perret  agrémentée de 28 reproductions, aquarelles de Nicole Pessin.
Format : 21 x 15 cm.

Achevé en juin 2007 pour le compte et le plaisir des éditions Varia poetica Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

 

© Adagp, Paris, 2017