Rives en alphabet

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2017. Jean-Paul Gavard-Perret

RIVES

La Filandière

A la lettre T de la sorte d’abécédaire que Nicole Pessin a composé pour la ville de Rives, on peut voir des ciseaux suspendus à la belle lettre calligraphiée qui paraît organiser le ciel, telle une oriflamme. Les ciseaux ont-ils découpé la pièce de tissu ou s’apprêtent-ils à tailler dans l’aquarelle elle-même ? Dans un autre temps, disons un temps merveilleux où l’heure ne passait pas encore, Nicole Pessin aurait pu être taillandière ou couturière : elle aurait forgé de tendres outils, elle aurait assemblé et cousu des tissus sur lesquels elle aurait peint d’anciennes légendes, draps sonores qui, à l’occasion de joutes ou d’ordalies, auraient claqué sous un vent gris et rassembleur de nuées sépia ou vert d’eau. Les versets de Jean-Paul Gavard-Perret scandent le récit de Rives ; la ville est convoquée avec ses repères remarquables qui dressent une identité, qui font d’elles une part de l’Histoire des hommes. Or, dans les tableaux, la ville est intemporelle, cité des champs, campagne que les industries ne défigurent pas. Les aquarelles de Nicole Pessin transforment châteaux, forges, gare, halles, lavoirs, ponts et humains étonnés, connus ou pas, jamais anonymes, en une communauté : les fleurs, les taillis, le ciel, les arbres, la rivière définissent ce qu’il faut bien appeler un « lieu » sur la Terre. Et ce qui donne une magnifique cohésion à l’ensemble de toutes ces évocations qu’on pourrait croire disparates, c’est une tranquille opération magique, réitérée, insistante même, comme l’écho d’un rêve peut-être réalisable ; c’est la permanence, douce et immédiate, d’un « être du paysage » que l’on sent bienveillant, hypersensible au bonheur des hommes au point de laisser poindre la nostalgie d’un monde perdu, nostalgie qui pourrait être immense, si elle n’était pas volontairement tamisée. Il y a un exil intérieur, on peut même le voir : c’est cet oiseau omniprésent, perché sur quelques branches fines et rouges qui disent aussi l’espoir de la sève. Il faut observer une particularité des aquarelles de Nicole Pessin : elles paraissent hésiter entre la représentation autorisée par la perspective des plans successifs, et la présence, à la manière de l’art byzantin qui inverse cette perspective, ou qui l’annule : les fleurs, toujours là, de même dimension malgré la distance, les oiseaux, comme des virgules semblables dans le ciel à plat, cette naïveté apparente, en fait ce refus partiel de l’espace et du temps, voilà qui témoigne d’un entre-deux, d’une place à l’orée de deux réels ; le premier, inscrit, décrit, reproduit, c’est celui des événements successifs, celui du réel objectif, l’autre, (le préféré ?), c’est celui de l’intemporel, du désir d’immuabilité, inaccessible. Vous voulez rencontrer l’artiste ? Il faut aller jusqu’à l’entrée « Quenouille » : vous la verrez, vous observant comme savent parfois le faire les personnages des tableaux, directement ; elle accomplit ce à quoi elle est destinée : elle file sur son rouet, elle est l’une des Fileuses de Vélasquez, l’une des trois Moires, soucieuse du déroulement du temps. C’est le seul tableau nocturne ; l’artiste est une guetteuse, attentive, par ses tableaux, à la vie des autres, oublieuse parfois de la sienne propre, essentielle à la bonne marche du monde.

Emmanuel Merle

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A comme Forges d’Alivet

A ce qui était muet les forges donnèrent voix parmi les voix au milieu des gazouillis d’oiseaux. Devant tant de bruits intempestifs ils piaillaient « Seigneur aie pitié de nous. ». S’en soucia-t-il vraiment ?

© Adagp, Paris, 2017