Sillages de lumière

Sillages de lumière (1)

A comme Ange
Quand il devint blanc, il fut le bourreau de Béthune.
Toujours sa main de fièvre se penche sur Marie
pour lui annoncer des magies souterraines.

B comme Brasier
Monte et suinte de l’écorce
fait les naissances latentes
et les morts miraculeuses.

C comme Ciel
Dans les profondeurs de son ombre de pâle glycine
il y a toujours une lampe pour en ranimer l’éclat.
Dans ses plis de rideaux de neige: la solitude.

D comme Diamant
Enchante la misère par sa lumière abstraite.
A souvent des odeurs d’alcôve sur la gorge des sirènes
qu’il transforme en d’étranges nymphéas ouverts au plus offrant.
E comme Eclair
Au losange du ventre est comme une fumée d’orange
d’amour brûlé et d’étreintes aux arômes du sud.
Ensevelit les spasmes par l’entrebâillement d’un tissu amarante.

F comme Flamme
Astrolabe et cambrure.
Phénix et frôlement des hanches sous la cendre.
Toison de bête boréale aux rousseurs de louve lasse.

G comme Galaxie
Préau des mondes orphelins.
Hors du temps, prolonge les enfants allusifs.
Leur souffle sur la vitre devient des étoiles de givre.

H comme Halo de lumière
Prend forme de gisant sur les fresques le soir.
Semble un couple déclinant
qui finit, nostalgique, de sombrer vers le large.

I comme Illumination
Hibou à prunelles de soufre.
Bec des tempêtes rimbaldiennes.
Icebergs de la métempsychose.

J comme Jupiter
Craquait comme une armoire paysanne.
Dut attendre des trains de nuit dans le désastre des gares
avant de bramer dans leurs couloirs.

K comme Kaléidoscope
Leurs balafres de lumière
donnent la primeur aux éclats des couleurs.
C’est un soir de pluie sur un air de reggae.

L comme Lune
En plus belle des femmes
elle a un harmonica accroché à ses lèvres de mémoire.
Le passant nocturne y retrouve sa maison astrale.

M comme Mars
Silhouette errante.
Fantôme de l’autre rive du temps
lorsque s’effondre le pont du crépuscule.

N comme Néon
Lueur d’ornière familière
si lointainement familière
inexplicable porte d’un cinéma de quartier.

O comme Obscurité
Prélude à l’illimité.
Vague tropisme où la mort s’aventure
et nous approche du fond des couloirs.

P comme Phare
Hautbois pour l’étrangeté de la mer
veut se séparer des rocs millénaires
où se ramifie le corps pétrifié du silence.

Q comme Quasar
Bord glacé de l’ombre.
Goudron d’ombre à relent de muscade.
Séisme des rues grises.

R comme Rubis
Comme une rose éclose seulement de l’intérieur
à la couleur du sang des songes
où déferle le temps sur un pont de fer.

S comme Soleil
Etranglement des brumes
au point du jour sur le talus d’aurore
tente d’effacer nos penchants nocturnes.

T comme Ténébrescence
Passe dans les pourpre et les fruits d’automne
Fait le verger en fièvre
Et les chambres en sève.

U comme Uranus
Orgue à brouillard.
Testament d’os, de sanglots, de brindilles.
Cocaïne des champs d’orties.

V comme Vitrail
Garde l’insondable profondeur de l’âme.
Grimoire à fondre dans les flaques de sa lumière.
Effrite le noir en débris.

W comme Warning
Ses coups de serpe et scansions en rafales
jonchent la mémoire mécanique
pour que l’indifférence se déchire.

X comme Xanthie
Croix noire de son spasme.
Trépanation des pierres de folie.
Glas des roseaux endormis.

Y comme Yoga
Velours et broderies des prairies prénatales.
Gestes sanctuaires et tango.
Fouet dans le boudoir.

Z comme Zodiaque
Coulisse sans heurt sur son ogive
Pour certains se crispe comme l’idéal
dans la longue habitude de la pointe de leurs soirs.

separateur

Poésie de Jean-Paul Gavard-Perret agrémentée de 27 reproductions,
aquarelles de Nicole Pessin.
Sous une couverture originale de Nicole Pessin
Format : 21 x 15cm.

Achevé en juin 2010 pour le compte et le plaisir des éditions Varia poetica
Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

© Adagp, Paris, 2017