Dictionnaire des Âmes

2010. Jean-Paul Gavard-Perret

DICTIONNAIRE DES AMES (5)

Les paisibles orphelines : toutes les âmes chuchotent, lointaines mais vibrantes comme résonne la hache au cœur des forêts mais sans pour autant faire fuir les mésanges.

Âmes Animales : soutiennent ou cognent.Brutes de décoffrage. Pour le pire ou le meilleur.
Âmes Boréales : se glissent habillées et tête baissée loin de leur peur.
Âmes Câlines : creusées de plis remontent les orées, pointillent de notes l’incommensurable pour que se bredouille l’union
Âmes Déclinantes ressemblent aux murmures des oiseaux dans la lumière affaiblie  du soir.
Âmes Épicées : sont parfois aussi fêlées que l’oiseau de Braque ou que le chapeau de Magritte.Gardent la stupéfaction de leur songe.
Âmes Frisées : se mettent en boucles. Restent permanentes   quel que soit le sens du vent ou de la marée.
Âmes Glacées : Un espace s’y développe. Un espace s’y clôt. Impalpables elles sont pourtant des cubes et font masses.
Âmes Houillères : à trop broyer du noir² finissent pas donner le bourdon. Goudronnent et inondent.
Âmes Infiltrées : Pour elles, le temps presse toujours car il faudra le quitter. Dans l’attente cherchent à se confondre au corps qui les abrite.
Âmes Jointoyées : aiment à se cimenter en espérant quand elles se trompent d’alter –ego pour  obtenir la faveur  d’un valet de cœur ou d’un joker.
Âmes Kiwis : Ouvrent l’aptéryx. Sous leur peau poilue le vert galant est de mise.
Âmes à Larmes : ont des yeux d’eau noire et pas de familles, elles descendent de ces dieux perdus dans les nuages et surnagent comme elles peuvent.
Âmes Mortelles : Les corps fleurissent dans leurs puits.  Et en profitent  pour faire l’amour.
Âmes Noisette : possèdent une incomparable senteur de nougatine subtile. N’ont rien d’étouffe-chrétiens.
Âmes Obstinées : sont obtuses et font rater le coche. Sont aussi guêpes que mouches.
Âmes à Phalène : papillonnent selon des géométries particulières qui échappent au commun des mortels.
Âmes Quincailles : se croient émissaires de bonté mais ne sont couveuses que d’elles-mêmes. Alouettes, alouettes.
Âmes à Réactions : leur rayon d’action est impondérable. Sont autant étamines que  pistils.
Âmes de Saisons : restent longtemps, longtemps après que leur temps a disparu.
Âmes Tandems : ne peuvent se suffire d’elles-mêmes. N’importe qui d’autre fera l’affaire.
Âmes Universelles : il convient de s’en méfier. Et préférer celles qui cultivent  le singulier et la particularité.
Âmes des Violons : par sauts d’inouïs émois inventent des gués afin d’amoindrir la protubérance du silence.
Âmes Whisky : sont pleines d’esprit lorsqu’elles ont fait le plein. Tombent ensuite facilement en neurasthénie chronique.
Âmes Xylocopes : font des trous dans les cœurs. Leur chignole crée un précaire sous-sol.
Âmes Yo-yos : vont et viennent. Parfois oublient le haut en grasseyant du bas là où le corps s’écope. L’inverse est vrai aussi.
Âmes à Zuts : ont renoncé à tout. C’est bien dommage pour elles. Dieu saura sans doute les reconnaître.

Toutes les âmes tournent leurs yeux en profondeur à la rencontre d’un visage caché. Nous faudrait-il d’autres étoiles qu’elles pour croire encore à la lumière ?

separateur

Poésie de Jean-Paul Gavard-Perret agrémentée de 29 reproductions,
aquarelles de Nicole Pessin.
Sous une couverture originale de Nicole Pessin
Format : 21 x 15 cm.
Achevé en septembre 2010 pour le compte et le plaisir des éditions
Varia poetica Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

© Adagp, Paris, 2017