2017. Rives en alphabet

Préface d’Emmanuel Merle

La Filandière

A la lettre T de la sorte d’abécédaire que Nicole Pessin a composé pour la ville de Rives, on peut voir des ciseaux suspendus à la belle lettre calligraphiée qui paraît organiser le ciel, telle une oriflamme. Les ciseaux ont-ils découpé la pièce de tissu ou s’apprêtent-ils à tailler dans l’aquarelle elle-même ?

Dans un autre temps, disons un temps merveilleux où l’heure ne passait pas encore, Nicole Pessin aurait pu être taillandière ou couturière : elle aurait forgé de tendres outils, elle aurait assemblé et cousu des tissus sur lesquels elle aurait peint d’anciennes légendes, draps sonores qui, à l’occasion de joutes ou d’ordalies, auraient claqué sous un vent gris et rassembleur de nuées sépia ou vert d’eau.

 Les versets de Jean-Paul Gavard-Perret scandent le récit de Rives ; la ville est convoquée avec ses repères remarquables qui dressent une identité, qui font d’elles une part de l’Histoire des hommes. Or, dans les tableaux, la ville est intemporelle, cité des champs, campagne que les industries ne défigurent pas. Les aquarelles de Nicole Pessin transforment châteaux, forges, gare, halles, lavoirs, ponts et humains étonnés, connus ou pas, jamais anonymes, en une communauté : les fleurs, les taillis, le ciel, les arbres, la rivière définissent ce qu’il faut bien appeler un « lieu » sur la Terre…

Emmanuel Merle