Éloge de l’alphabet – Illustrations

L’éloge de l’alphabet a été consacré exclusivement au poète
Jean-Paul Gavard-Perret

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2017. Chambéry en alphabet

Prologue

Nullement exhaustif ou touristique cet Abécédaire évoque une ville aussi historique qu’ouverte sur le futur et trop souvent méconnue. Même quand l’hiver est glacial il fait bon y vivre : nul n’a envie de partir vers le sud. Et vers le nord pas plus. Ses rues aiment les passants, deviennent leur journal intime. Rousseau y donna des leçons de musique avec dans sa poche un mouchoir blanc avec deux initiales qui n’étaient pas les siennes. Le macadam – marée de ses miroirs – retient ses frasques. S’y brodent aujourd’hui de superbes spectacles…

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2017. Rives en alphabet

La Filandière

A la lettre T de la sorte d’abécédaire que Nicole Pessin a composé pour la ville de Rives, on peut voir des ciseaux suspendus à la belle lettre calligraphiée qui paraît organiser le ciel, telle une oriflamme. Les ciseaux ont-ils découpé la pièce de tissu ou s’apprêtent-ils à tailler dans l’aquarelle elle-même ?

Dans un autre temps, disons un temps merveilleux où l’heure ne passait pas encore, Nicole Pessin aurait pu être taillandière ou couturière : elle aurait forgé de tendres outils, elle aurait assemblé et cousu des tissus sur lesquels elle aurait peint d’anciennes légendes, draps sonores qui, à l’occasion de joutes ou d’ordalies, auraient claqué sous un vent gris et rassembleur de nuées sépia ou vert d’eau.

 Les versets de Jean-Paul Gavard-Perret scandent le récit de Rives ; la ville est convoquée avec ses repères remarquables qui dressent une identité, qui font d’elles une part de l’Histoire des hommes. Or, dans les tableaux, la ville est intemporelle, cité des champs, campagne que les industries ne défigurent pas. Les aquarelles de Nicole Pessin transforment châteaux, forges, gare, halles, lavoirs, ponts et humains étonnés, connus ou pas, jamais anonymes, en une communauté : les fleurs, les taillis, le ciel, les arbres, la rivière définissent ce qu’il faut bien appeler un « lieu » sur la Terre…

Emmanuel Merle


2012. Dictionnaire de la création

A comme Alouette des champs
Si Dieu l’avait créée il ne l’aurait pas créée aussi pique-assiette et sans-gêne
et l’aurait assignée à sa propre résidence.

B comme Babou le chat Bengal
Si Dieu l’avait créé le Diable en serait resté muet
car ce chat redoute l’idiot qui s’entête à l’aimer comme lui-même.

C comme le château de Carcassonne
Si Dieu l’avait créé il n’aurait pas besoin d’être restauré.
Où l’empailleur de pierres passe, la patrimoine perd sa jeunesse.

D comme Désirée mon ami l’écureuil
Si Dieu l’avait créé il ne finirait pas sur l’enseigne d’une banque.

E comme la chouette Effraie
Si Dieu l’avait créée elle n’assoirait pas son autorité que la nuit malgré tout le bien qu’il pense d’elle.


2012. Dictionnaire animalier de la fée Clochette

Angélus des prés.
Bouc au bagou olfactif.
Coq, gaulois sur son fumier.
Dindon indigné plus grand duc qu’échassier.
Ecrevisse écrous des écrins d’eau.


2011. Noël en Alphabet

A comme Arbre
Chacun d’eux protège la forêt des crises de panique

B comme Bonhomme de neige
S’éloigne comme la misère dans la nuit blanche

C comme Couronne de Noël
Elle remue dans la chambre où l’enfant se croit seul

D comme Dinde
Bouddha appétissant pour la nuit de grande lune

E comme Etoile
Fait le ciel cristallin jusque sur l’oreiller du chat


2010. Dictionnaire des Âmes

Les paisibles orphelines : toutes les âmes chuchotent, lointaines mais vibrantes comme résonne la hache au cœur des forêts mais sans pour autant faire fuir les mésanges.

Âmes Animales : soutiennent ou cognent.
Brutes de décoffrage. Pour le pire ou le meilleur.

Âmes Boréales : se glissent habillées et tête baissée loin de leur peur.

Âmes Câlines : creusées de plis remontent les orées, pointillent de notes l’incommensurable pour que se bredouille l’union

Âmes Déclinantes ressemblent aux murmures des oiseaux dans la lumière affaiblie du soir.

Âmes Épicées : sont parfois aussi fêlées que l’oiseau de Braque ou que le chapeau de Magritte.


2010. Dictionnaire en fleurs de la fée Clochette

A comme Anémone
Dont l’âme démone
Éclabousse le chaos.

B comme le Bleuet
Qui se ferme dans l’ouvert
Par le suif de son coeur.

C comme Coquelicot
Coqueluche des blés.

D comme Daphné
Née des chicanes d’un mur
Aux pierres éclatées.

E comme Edelweiss
Aux mains de velours
Qui refusent la caresse.


2010. Sillages de lumière

A comme Ange
Quand il devint blanc, il fut le bourreau de Béthune.
Toujours sa main de fièvre se penche sur Marie
pour lui annoncer des magies souterraines.

B comme Brasier
Monte et suinte de l’écorce
fait les naissances latentes
et les morts miraculeuses.

C comme Ciel
Dans les profondeurs de son ombre de pâle glycine
il y a toujours une lampe pour en ranimer l’éclat.
Dans ses plis de rideaux de neige: la solitude.

D comme Diamant
Enchante la misère par sa lumière abstraite.
A souvent des odeurs d’alcôve sur la gorge des sirènes
qu’il transforme en d’étranges nymphéas ouverts au plus offrant.


2009. Faire parler le jour

A u plus profond nous luire, être notre pain.
B aie sur la mer d’écume de qui nous fûmes.
C iel furtivement à l’angle de l’amertume.
D emain vient en bonne volonté.
E tonnement de devoir nous durer.


2009. ABCDaire de Noël

A Comme Arbre de Noël :
Il y a ceux qui les coupent et ceux qui les décorent.

B comme Bœuf :
Il n’habite pas très loin de l’Ane.

C comme Crèche :
Jésus a été aussi proche de sa paille que de Dieu.

D comme Décoration :
pour faire oublier la misère l’étoile se mit à briller.

E comme étoile :
Dans son attente les Rois Mages se sont tus.


2008. Paris en alphabet.

A comme Antoine (Saint) meubles, livres et disques vinyle à tous les étages.

B comme Beaubourg : son ventre est ouvert sur celui de Paris, son creux est un vacarme.

C comme Conciergerie, irascible déesse aux grands yeux de fer et d’acier.

D comme Drouot, golf et enchères, Richelieu et Hugo.

E comme Etoile, lambeaux de chiffon autour d’un ruban de colle.


2008. Alphabet des primitifs du futur

A comme ANGE SUR LA MER : par lui nous sommes soumis au temps . Sa réalité se livre par fragments dans l’écume.

B comme BROUSSE : ses souffles semblables au réveil sont des fragrances verticales et des substances flexibles .

C comme CYCLONE : son oeil et presque insaisissable mais nous accorde à la concordance infinie et fugaces de ses intensités .

D comme DUO : Rend la tête bavarde et la main caressante. L’un pose chaque mot dans un fragment de l’absence de l’autre.

E comme ELECTRIQUE : son courant est à l’intérieur de nous, au plus profond. Il ouvre une grande voie. Nous sommes troués, à jour, à ciel ouvert.


2008. Musique en alphabet

A comme Accordéon
se noue autour du cou
Pour le bal des mots dits et pour ceux,
plus muets, de l’amour.

B comme Banjo
Boy réveillant des abysses
un orgasme enfoui dans les champs de coton.

C comme Cor
le chasseur y prend son pied,
les champignons s’en moquent.

D comme Darbouka
Pour dire à la terre promise aux parfums de cannelle
l’odeur poreuse de la mer.

E comme Erhru
dit Chinois en colonies.
Petit rat de Dan Nhi.
Opéra à tout crin.

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