Le poisson d’or

Aujourd’hui Gwenaël ne va pas à l’école.
Il a envie d’aller se promener le long du ruisseau qui se cache au fond du vallon touffu. Sa grand-mère lui fait confiance. Elle sait que son petit garçon adore se promener et rêver…
Elle lui donne son goûter. – « Ne t’attarde pas, la nuit tombe vite » lui dit-elle.
Gwenaël s’en va, tout heureux et confiant.
Voilà le sombre taillis où coule le ruisseau babillant. De loin, il entend le bruit des petites cascades sur les cailloux. Un étroit chemin le mène au bord du ruisseau. De pierres moussues en pierres moussues le mince filet d’eau grossi par les pluies d’hiver va vers la mer toute proche.


Gwenaël s’assied au bord de l’eau pour manger son goûter. Mais tout à coup, le ciel s’assombrit. Le soleil s’est caché, le clapotis joyeux de l’eau devient un sourd grondement. Les troncs des arbres morts qui jonchent les rives ont des formes étranges. Leurs bras moussus semblent vouloir le retenir, l’encercler. Des bruits inquiétants jaillissent de la terre même, des plaintes montent du ruisseau.
Tout est étrange et effrayant. Le cœur de Gwenaël se serre. Il a peur, il veut rentrer chez lui, vite, vite, mais il ne peut plus bouger… Il regarde le ruisseau devenu hostile où maintenant s’agite une multitude de petits poissons d’argent. Médusé, incrédule, Gwenaël regarde le ruisseau s’animer d’une une vie aquatique qui se rassemble, là, près de lui et qui semble attendre quelque chose… Quelqu’un ? …. Il est effrayé et fasciné. Alors la foule de petits poissons s’écarte pour laisser place à un merveilleux poisson d’or.


– « Bonjour Gwenaël, dit le poisson d’or. Nous t’avons choisi pour être notre ami. Ne crains pas le bois noir. Il est en colère, non pas contre toi, mais contre les hommes qui sont venus salir notre source. Il veut les chasser mais ils n’ont peur de rien sauf des sortilèges qui les font frémir et devant lesquels ils sont impuissants. Moi, je veille sur le ruisseau et voici tous mes amis qui veillent avec moi…Toi, Gwenaël, tu peux venir autant que tu veux, te reposer au bord de l’eau. Je sais que tu ne feras aucun mal à tout ce qui vit dans ce vallon. Les poissons qui se nichent dans le creux des pierres au fond du ruisseau, les arbres aquatiques que le mouvement de l’eau fait danser, les minuscules moucherons, les sauterelles vertes et les libellules bleues. Tout ce qui fait vivre ce monde qui est le tien et que tu as appris à aimer, à respecter. » Le poisson d’or disparait et tous les petits poissons d’argent vont et viennent dans le courant en une danse joyeuse. Le soleil est revenu mais il va bientôt disparaitre derrière les grands pins et Gwenaël doit rentrer pour ne pas inquiéter sa grand-mère. Il a entendu le message du poisson d’or et il va le garder au fond de son cœur comme un précieux secret.

Monique Gilet

© Adagp, Paris, 2017