Nouvelle N°7

Monique Gilet. 2024


Au bout du sentier herbeux qui se perd dans les champs incultes où paissait parfois une vache triste, la vieille maison l’attend.
La clé est encore là, sous la grosse pierre grise. Gwenaël est ému.
C’est une maison un peu de guingois, un peu cabossée par le temps.


On ajoutait au gré des besoins ou des envies, une lucarne au toit, un appentis pour les vélos, une niche pour le chien, sans oublier le grand étendage caché derrière la maison, où séchaient en permanence, serviettes de plage et maillots de bains.


Elle a l’air accueillant et familier des très vieilles dames. Entrer dans cette maison après une aussi longue absence est une joie mais aussi une inquiétude.
Que vont lui dire ses vieux murs, quels souvenirs vont-ils faire renaître ? Il y aura tant dans les lieux de son enfance.

La vieille porte s’ouvre facilement.
Le noir l’assaille.
Il faut rapidement ouvrir les volets et chercher le vieux compteur pour redonner lumière et vie à ces murs.
Indécis et fatigué par son long voyage, les bagages à ses pieds, Gwenaël se pelotonne dans le fauteuil de sa grand-mère et somnole cependant qu’il perçoit les vibrations de la maison.

Elle est vivante malgré sa solitude, malgré une longue absence.
Peut-être fatiguée de toutes ces vies qu’elle a accompagnées, lourde de ses précieux souvenirs.

Gwenaël entend, tel un chuchotement insolite, toutes les voix d’enfants qui s’appellent, s’interpellent du grenier à la cuisine dans le plus grand désordre…



Les bébés s’agitent dans leur berceau, les fillettes se disputent un bout de ruban ou un vieux collier, des ados grommellent de leurs voix indécises et le grand-père essaie en vain de mettre de l’ordre en réclamant un improbable silence…
Tout ce brouhaha qui habitait la maison du début à la fin de ces étés joyeux et insouciants.


Puis il perçoit son odeur, celle qu’il retrouvait, d’un été à l’autre, celle des murs toujours un peu humides tant la mer toute proche les imprégnait de sa présence, mais aussi celle des crabes, qu’il avait ramassés dans le creux des rochers, cuisant dans la grande marmite rouge, l’odeur persistante de sardines sur le grill et celle, inimitable des galettes de sa grand-mère.

Tous ces souvenirs s’estompent doucement mais une présence invisible l’interpelle.

Gwenaël doit répondre à cette attente, à cette demande, chuchotée mais impérative, la voix de celle qui a toujours accompagnée ces murs, celle qu’il appelait « la fée de la mer ».
Il va rendre vie à cette vieille maison. Elle va à nouveau retentir de rire et des cris d’enfants.
Nous allons nous réunir et, j’ai fait le serment, elle va revivre.

Monique Gilet, décembre 2024

© Adagp, Paris, 2017